La vie, comme elle va

"S'il suffisait de lire comme dans une bulle de cristal, alors, ce serait, facile.Mais il faut vite déchanter, prendre la route, sac au dos et marcher, toujours marcher pour oublier ce que l'on a déjà fait, ce que l'on va faire. Il faut attendre que la nature nous prenne et nous ouvre sa voie. C'est une progression incessante, pour de si petites choses".
Roger Dautais . Septembre 2009

LE CHEMIN DES GRANDS JARDINS

Un voyage étonnant au cœur du land Art

mercredi 26 août 2015

Scarface :  pour  Tilia
Esquisse atlantique :   pour Alain Jégou
Cairn de  l'engoulevent  :  pour  Rick Forrestal
Les secrets de Kerpenhir  :  pour Joelma
Atlantique dream  :pour Lis
Épure :  Pour Marie-Claude
Breizh  :  pour  Annaïg Baillard, Gwenola Gwernig
Occurrences :  pour Chica
L'éternelle question :  pour Chrys
Solitude :  pour  Mowe von der Insel
Rien d'autre :  Bonheur du Jour
Tisser la  nuit, le jour : pour Christineeeee
L'écho du Loc'h :  pour Rostrose
Esprit nomade  : pour Marty
Le soleil et l’ombre :  pour Vava de Nantes
Les déracinés  pour Guy Allix




 Il est grand temps de rallumer les étoiles.
Guillaume Apollinaire.

  A Fanny, ma fille...


On attend  l'orage ensemble, sans parler, chacun avec ses craintes, ses  peurs, ses attirances. Après, ce se sera  mieux sans doute sur les grèves de Séné. Certains attendent la  pluie dans leur  jardin. Je l'attends,  pour cette  mélancolie dont elle se pare, quelle  m'offre, sans  pouvoir  y échapper.

Elle  lit Apollinaire en silence. Elle souligne  un  phrase : " Il est  grand temps de  rallumer les étoiles ". Elle lève les  yeux au ciel,  personne  n'est encore passé la haut s'occuper d'elles. Le ciel est vide.
Qu'ai-je fait d'autre depuis tant d'années sur cette route du land art que d'allumer des étoiles dans les yeux des voyageurs?

Mes travaux se resserrent, géométriques, accueillant les couleurs d'un monde qui appelle  l'automne. Malgré l'âge, mes mains ne tremblent  pas,  mes doigts ont encore agiles. Pour combien de temps..
L'hiver épurera l'état des choses. En attendant,  il faut faire avec ce flot de touristes colorés, bedonnants, bourdonnant dans les rues, sur les  plages.

Ce matin,  l'espace est ouvert jusqu'à l'île de Méaban,  l'horizon, bien dessiné, le ciel, posé dessus. J'ai trouvé  un certain charme aux galets galbés, chauffés  à blanc, par le soleil d'Août. Matinée totale consacré aux cairns. L'après-midi, je quitte la côte et remonte vers le nord, dans les terres. 
Je travaille  au cœur d'une rivière coulant au fond d'une toute petite vallée arborée. On la voit  à peine de la route d'accès. J'aime ce  lieu tranquille.
Habituellement, ce chaos naturel de gros cailloux est recouvert d'eaux tumultueuses. J'ai  le sentiment d'être au cœur d'une secrète  histoire, partagé entre deux regards. Histoire du Loc'h qui  me chante sa chanson en  l'absence totale d'oiseaux. Chaque  pierre est sortie de  l'eau, pesante,  lisse, noire, glissante comme  une truite. Mes cairns sont petits mais tellement expressifs, habités, savants. 
Ma joie est totale. L'eau fraîche et  limpide. Elle me console de tous  ces efforts. 
La  journée touche  à sa fin. Mon corps est rompu. Le poids des pierres a tiré sur les tendons des  poignets, allongé la colonne vertébrale. Mon dos  est tendu. Les  muscles de mes cuisses, de  mon ventre, me brûlent. Cette  manœuvre de  portage, répétée, rend la respiration plus courte. La mécanique du corps, suit celle de  l'esprit. 
Sans entraînement sportif, je ne  pourrais me permettre de telles choses à  presque 73 ans.L'épure se vit dans  l'effort, chaque cairn emporte  un peu de ma vie. C'est  un choix. Je me situe si près de ce  monde  blanc dont  j'entends les échos.
 Chaque  jour,  il est temps de glorifier la vie par  mon  travail.
Jusqu'à cette Route 72, je n'ai rien caché de  mon amour  pour la musique, du chant, de la peinture, de la sculpture, du dessin, du land art. Aux yeux des experts, rien n'avait raison d'être. Tout est dit, aujourd'hui  ou presque. Je fais maintenant avec les restes de ma vie. 
Cet après-midi, je reprends la route,  plein Sud, saluant les  menhirs de Kermario, du Grand Menec'h, traversant les landes de Guillevic,  pour me mettre  à  l'épreuve, comme  un éternel apprenti dans les falaises de Ty Bihan.


Roger Dautais


Vrouz
 
Du vent me danse la tête
Je do do dodeline
Traverse une rue un fleuve
Une mauvaise passe une crise
Rien jamais ni personne
Ne me porte aussi bien
Que l'air assez remué
Qui me remue assez
Me chavire la caboche
La cervelle envolée
D'aptère qui va à pied
Sans gâcher le hasard
Difficile à mirer
D'un seul frisson de flaque.

Valérie Rouzeau *

* http://www.lieux-dits.eu/Tourne%20la%20page/valerie_rouzeau.htm

jeudi 13 août 2015

Parenthèse 72  :  pour Youenn Gwernig
Espace-temps  : pour Maïté Aliénor
Mémoire des sables ;  pour Paul Quéré
Le guetteur de la passe : pour Serge-Mathurin Thébault

Équilibre : pour  Jesus Alvarez

Le chant de Saint Phil :  pour Marie-Josée Christien
Jusqu'au dernier  :  pour Béatriz Macdowell
Les sept raisons d'être :  pour Francois Esperet
L'instant zen  :  pour Alexandre Jollien
Ondes  courtes du Mané Kerioned :  Pour Joelma
Le retour des cupules : pour Mary
Partition au cœur de  l'été : pour Leeloo
Un trou dans le ciel :  Pour Christian Cottard
La porte de Mor Braz  : pour Patrick Lucas
Signal d’embarquement vers les rêves :  pour Erin
La grande spirale d'Etel  : pour La Grande Tribu

 Route 72


Sables...

Lors que je prends la direction de la  côte Atlantique, je pense trouver de  bonnes conditions,  pour y créer  une spirale. Je ciel est couvert, avec  promesses d'éclaircies. La configuration de la plage de Plouharnel ne convient pas  pour ce travail. Je rebrousse chemin et fais route vers la Ria d'Etel. Au sud  de la route,  l'Atlantique, au nord, les landes  à  perte de vue, les  pinèdes où je viens régulièrement marcher  à la rencontre de dolmens et menhirs,en grand nombre sur cette terre sacrée.
Je débarque sur la rive gauche de la ria. La mer est calme et bleue. Aucune trace de la barre. Je laisse le sémaphore  à ma droite et me dirige vers  l’océan, aperçu au sommet de la première dune. La plage est en  pente et  plonge  à pic dans les flots. Je vais tracer au milieu d'une  pente, ce que rend  l'exercice toujours plus difficile. Il faut tenir entre  une heure et  une heure et demi, selon  le terrain.
Le centre se choisit  à  l'estime, en tenant compte de  la marée. Je commence et des les  premiers pas, les sensations sont très bonnes. Avec 17 années de  pratiques, je me suis affranchis de la technique pour tendre à évoluer dans un espace de  liberté absolue. Il s'agit bien ici d'une expression de  ma propre  identité, confiée  au sable,  à la mer et aux vents. Nulle  commande mercantile, mais la simple volonté de continuer la route  pour  m'éloigner, me couper du  présent,s'il le faut,  pour retrouver les sensations  premières de  l'enfance. C'est aussi,  pour  moi, une façon de réussir ma vie, dans  l'instant.

Rochers...

Ce matin, les  pierres respirent. Je sais que mes cairns auront  une courte vie. Le vent d'Ouest est joueur. Il se fait  un  plaisir de basculer mes cairns. A marée descendante au pied des falaises de Ty Bihan de Carnac, je trouve  les rochers absolument  lisses,humides et glissants. Je passe  beaucoup de temps  à choisir  l'endroit où je pose mes  pieds, pendant les déplacements des  plus  lourdes  pierres. Tombe r en ces  lieux déserts au petit  matin, reste le danger majeur. Je le sais. 
La découpe de la côte, par  de  multiples tempêtes, me laisse  un choix pour y élever des cairns, face  à  l'Océan. Ainsi ce  premier qui s'élève  pour faire  un trou dans le ciel, suivi d'un second. A deux, ils deviendront la  porte ouvrant sur la Mor Braz. Malgré les efforts consentis, je goûte ces instants de paix et de solitude auxquels  j'aspire, loin des foules vacancières.
Le ciel se dévoile  un  peu. Il ne fait que 9° en ce matin breton. Il est 7 heures. 

Route 72
Faisans route vers Carnac, je décide de faire demi-tour, en plein bouchon puis de prendre celle de Locmariaquer, et La Trinité sur  mer ,  pour trouver  un endroit, calme, sinon désert. Je le trouve sur la côte ouest de St Philibert. Ici, pas de plage, mais  une large passe qui dessert le  port de la Trinité. Je quitte la route et descends  au ras de  l'eau dans  une  crique déserte. Je vais  y élever trois cairns. Une fois levés, les cairns sont habité par  une présence qui m'interpelle. Un dialogue de  muets s'installe entre  l'infime et  l'ultime. La  pierre  dit  l'universel par sa  présence. Regarder, comprendre, emprunter, transformer, élever,  offrir et vivre  pleinement cette joie née d'un cairn. Reprendre la route sans rien emporter.

Le retour des  cupules...
Les chênes, nombreux, ici, seront  généreux cette année. Je me souviens d'avoir manqué de leur  présence,  où nos vivions en Normandie. J'aimais ces arbres dans  mon enfance bretonne et je les retrouves, compagnons de route. Cette année les glandaies seront abondantes . Cela m'a déjà  permis de récolter akènes et cupules,puis de  quelques  installations réalisées dans cette région si riche en  magnétisme auquel je suis sensible et qui  m'inspire.Vivre parmi les dolmens et  mehnirs, n'est pas  une mince affaire


Roger Dautais




« Temps de la profondeur,

temps sans syllabe,

où je ne suis qu’un son

en marche vers la fatigue »

Angye Gaona



  SUD



La route rêve qu’elle mène à la mer
alors qu’elle gravit le volcan
ou traverse le grand marais.

La route au bord de l’océan
se souvient de la neige et de l’aveuglement,
du secret de la lagune
du babil de la jungle.

La mémoire de la route est nomade :
les souvenirs traversent le temps dans tous les sens,
mènent par ci, par là.

La route cueille des parfums évanouis,
laisse des hardes oubliées et des regards brisés,
elle contient des adieux qui, multiples,
se réfractent dans le rétroviseur.

Parfois elle revient, la route,
apportant avec elle
paysage âge trace.


Angye Gaona
Naissance volatile, in Cahier spécial Angye Gaona, La voix des Autres n°5    mars 2012. Traducteur Pedro Vianna

lundi 27 juillet 2015

L'embarquement  pour les dormantes  : à  Anne-MarieBodard
Gouez :  pour Jesus Alvarez
Boîte  à mémoires :  pour Ariel
Les demoiselles de Locmariaquer :  pour Liplatus
Solitaire en Mor Braz :  pour  Océanique
Légende serpentine :  pour Manouche
To the sea   and To Christina Deboni
La  porte des dormantes :  pour Eileenimd
Les voisins de Saint Colomban : pour Jade Vuaillat-Laurent
Présence  :  pour  mémoire du silence
Cairn  à la barque rouge : pour Arlettart
La  leçon de Carnac : pour Serge Thébault
Le reste du monde* :  pour Orvokki
La  pierre et le bois flotté :  pour Pour Jean-Pierre Audren
L'écho Klezmer  :  pour Marty



Mais  pourquoi veulent-ils effacer ce  que  l'on ne voit jamais ?



Le soleil vient de se lever,  lorsque je  prends la route de Locmariaquer. Des lambeaux de nuit s’accrochent aux  menhirs de la lande. Les premiers marcheurs ne sont pas encore  en route sur la côte  et les sables de la plage seront vierges de pas, quand je les foulerai au soleil levant. Après  une marche d'approche qui me fait traverser  un marais asséché par le manque d'eau, je franchis  un dernier talus et atterris sur une immense plage déserte. Devant  moi, l'étendue calme de la mer. Ici,  on appelle cette passe d'océan, la Mor Braz. Ne pas se tromper, pendant les tempêtes d'automne et d'hiver, aucune bateau ne doit s'y risquer sous  peine de fortune de  mer.
A  l'horizon,  l'île de Méaban dont la silhouette me fait  à chaque fois  penser  à l'île de Cézembre, en face de Saint-Malo.
L'air est vif, presque frais. J'ai apporté avec  moi, une brassée de gros bambous que mon  fils  m'a offert pour le land art.Je  m'en sers de base pour y  bâtir de  petits cairns  perchés qui  ont fière allure. Je les appelle les demoiselles. Chaque bambou est ensablé sur une profondeur de 10cms dans le sable, car le sous-sol est pavé de gros galets. Je les cale ensuite,  un par  un. Je ramasse de quoi  monter le premier cairn, et ainsi de suite,  jusqu'à la fin.
Aujourd’hui, le vent est joueur. Il bascule mes cairns, un à un. Ce que  j'imaginais réaliser en 30 minutes  va  me prendre  une heure trente. Un véritable exercice de patience
Le premier randonneur arrive sur la plage et s'approche de  moi. 
-Je vous  observe depuis  un  moment. Pourquoi vous en faites tant ? C'est lourd, probablement très fatiguant.
C'est vrai, je pourrais arrêter le land art, mais c'est ma façon de vivre. Après tout, j'ai le droit de voir le  monde avec un regard différent du sien, de ne pas céder  à chaque  injonction de ce genre.Beaucoup de gens ne comprennent  pas  mon choix de vie. Me parlent-ils de leur propre choix. Me demandent-ils de ce que je 'en pense ? Non. Sommes nous faits sur terre  pour nous neutraliser mutuellement et faire  le  jeu de ceux qui n'espèrent diriger que des  moutons,
En élevant ces multiples cairns j'ai  moins  impression de perdre mon temps que dans  un embouteillage urbain  ou sur  une quatre voies saturée de voitures.
Mais, toutes ces rencontres autour du land art ne sont pas négatives Je pense à ce marin  à la retraite rencontré en ria d'Auray, la semaine dernière. Le trouvant en  arrêt devant mes  cairns qu'il admire- je n'en demande pas autant- je lui demande  pourquoi .
- Lorsque nous naviguions aux Kerguelen avec le commandant T. celui-ci nous débarquait dans  un endroit couvert de cairns. Il nous demandait d'élever  un cairn,  pour d'écrire nos noms sur  une planche de bois  flotté et de la déposer sous  une pierre de ce cairn.
Voilà, je savais tout, ce cairn entre mes mains  lui rappelait ses voyages aux Kerguelen et je trouvais cela fabuleux. La magie des  pierres.
Comment expliquer  à tous ceux qui me demandent d'en faire  moins, de stopper parfois, que je ne  peux pas  vivre autrement  pour le moment. Il faut que je fabrique quelque chose de  personnel. Quelque chose qui  me serve de  médiation entre mes pensées de créateur et ce  monde qui n'attend rien de  moi. Un  monde où  je m'attarde et que je finis par aimer  pour ce qu'il est.
J'ai besoin d'être concerné par le paysage, comme  aujourd’hui  devant l'Atlantique, celui de ma petite enfance, enfin retrouvé. C'est de  l'ordre de  l'affectif . Il faut que  ça me touche.
Ce cairn, le  pied dans  l'eau, face  à cette  île de Méaban, réunissait toutes ces conditions pour être élevé,ici. Vivre sa courte vie, face au large, en  l'honneur des  lieux.

Roger Dautais

* Je continue mon  travail sur le thème de  l'exil, commencé en 2004 et cette  installation portant le titre
" Le reste du monde" , en fait partie.




Cet exil

Heureux 
De cet exil.
Dans les rues obscures
Des canaris chantent
Et dans l’embrasure de leur porte
Des femmes sourient à cet étranger
Qui transporte son cœur
Dans ses mains.
Il tourne autour de la place du marché
Comme un ancêtre
Revenu d’entre les morts
Pour voir son peuple
Et négocier de vieilles pièces de monnaie
Frappées à son image.

Sinclair Beiles

Voir le blog de Bruno Sourdin  :      http://brunosourdin.blogspot.com

mardi 14 juillet 2015

Solitude en côte sauvage :   pour Anne Le Maître
Passion d'estran   :   à Marie-Claude
Scarface II   :   pour Danièle Duteil
Mortelle vision  :  pour Elena Nuez
Lampedusa,  le rappel  :   pour Sasa Saastamoinen
Géométrie d'un espace offert  :   à Paul Quéré
Le nid  :  pour  Thérèse
Ainsi voyagent mes rêves :     pour Erin
Les raisons cardinales    :  pour Isabella Kramer
Carré Turc :pour Synnöve Schneider
D'est en Ouest  : pour Marie-Josée Christien
Le chant du Loc'h :   pour Christian Cottard
Salutation au soleil  :  pour Tilia
Les mémoires d'Izmir  : pour Alil, Adil et les autres.
Dernière vision  :  pour Charb, Cabu, Tignous et Wolinski  et leurs amis.



 Dès  lors que  l'on renonce  à tout comprendre, tout s'éclaire.*
Marie-Josée Christien



 Côte sauvage.

L'ai-je assez dit ? Je suis connecté à ce   monde trop oublié,  à celui que vous ignorez trop souvent et qui  nous sert de  lieu de vie : la terre. Je  l'observe, la contemple, me disant que cette perception n'est peut-être pas la réalité, pourtant, elle me sert à nourrir  mon  imaginaire.
Il me reste trop peu de temps devant  moi  pour devenir docile.Je fréquente les chemins de traverse, saluant, dolmens et menhirs. L'arpente les landes, cours les  pinèdes, admire les champs de  fougères, rejoins les rivières si la  lumière  m'y  invite et continue mon  œuvre en toute solitude.
Mon empathie avec le  monde naturel est née de l'avoir fréquenté assidument depuis ma petite enfance. Le contraire était inimaginable
Je quitte le bourg de Saint-Pierre-Quiberon et  je me dirige vers la côte Ouest de la presqu'île.
La météo prévoyait grand beau mais le ciel décide ce matin de couvrir la côte sauvage d'un voile gris perle. Sans-doute porte-t-telle le deuil des trois derniers noyés disparus il  y a quelques jours, victimes de leur imprudence. Perdre la vie dans  un aussi beau paysage et dans ces conditions dramatiques, reste malgré tout, quitter notre  monde définitivement.
Je marche sur la ligne de crête, face  à l'océan. Un fort vent d'ouest me fouette le visage. J'emprunte un passage assez pentu pour des cendre sur la petite  plage enserrée entre de gros rochers. Aucun arbre ne se risquerait  à prendre racine ici. C'est la côte sauvage. Vents et tempêtes  ont tout arasé. 
Une rumeur de danger permanent se fait mémoire,  puis,  oubli. Bien que la mer soit  lion, je conserve  l'image de ces trois noyés pendant tout  mon travail. Cette tragédie en fait partie. Je les  imagine partis comme des bois flottés puis drossés sur les rochers. Peut-être trouverai-je dans les sables,  un de  leurs mots perdus, un cri,  un appel au secours que la mer aura rejetés sur cette plage  à souvenirs noirs.
Un grand nombre de  pierres  libres me facilite la tâche du choix, mais je dois faire très attention  au moment des transports jusqu'au lieu des cairns. Le terrain est accidenté et glissant. Les cairns  montent les  uns après les autres. Le fort vent d'Ouest les abattra tous sauf  deux, élevés  à l'abri des falaises. 
Je termine  l'exercice des cairns, en sueur. La fatigue  m'éreinte. Je marque  un temps d'arrêt et récupère assez vite  pour pouvoir profiter de l'exceptionnelle  beauté des  lieux. Pourquoi faut-il qu'elle soit entachée de  morts ? L'effort fait partie de ma vie, comme d'autres le fuient. Il  me semble  même  indispensable pour atteindre la créativité dans l'exercice des cairns.
Plus paisibles étaient,  il y a quelques  jours, les  installations au Lac Saint Jean, dans les grandes fougères. Ces grandes fougères qui se referment la nuit sans bruit, sans explication. Probablement pour protester conte le soleil  qui  à son coucher, leur vole le jour. Doit-on tout expliquer  pour être heureux? Il  y a aussi l'état des choses contre lequel on ne peut rien. Ceci  nous  invite  à voyager leger vers la sortie.

Roger Dautais





Jachère



Il faut qu’un jour les mots que tu voulais

Mais qui n’étaient pas ce souffle

Qui voulait à la fois jaillir et fouiller en toi



Il faut qu’un jour les mots tus fassent bouillie

Se mêlent enfin au sang devenu noir

Et tracent eux-mêmes comme une ombre lucide

Sur la page

Guy Allix*

Le sang, le soir
Editions Le Nouvel Athanor  2015 

  Retrouvez  *Guy Allix
 https://plus.google.com/101564392025895497486/posts/6zu8EUnEdc3
et
*Marie-Josée Christien 
 http://mariejoseechristien.monsite-orange.fr/
citation  in  " Petites notes d'amertume" M.J. Christien Editions Sauvages 2014

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Landartiste, photographe, auteur de livres pour enfants, Roger Dautais est aussi un artiste atypique, sensible et attachant.Il a sû, dans la diversité de ses expressions, trouver une harmonie par la pratique quotidienne de cet art éphémère : le Land Art. Il dit "y puiser forces et ressources qui lui permettent, également, depuis de nombreuses années, d'intervenir auprès de personnes en grande difficulté ( Centre de détention pour longues peines et personnes âgées atteintes de la maladie d'Alzheimer) pour les aider par la médiation de l'art.