La vie, comme elle va

"S'il suffisait de lire comme dans une bulle de cristal, alors, ce serait, facile.Mais il faut vite déchanter, prendre la route, sac au dos et marcher, toujours marcher pour oublier ce que l'on a déjà fait, ce que l'on va faire. Il faut attendre que la nature nous prenne et nous ouvre sa voie. C'est une progression incessante, pour de si petites choses".
Roger Dautais . Septembre 2009

LE CHEMIN DES GRANDS JARDINS

Un voyage étonnant au cœur du land Art

mercredi 17 septembre 2014

La vague : pour Olivier Mélisse
Bienvenue sur l'autre rive  : Pour Jacques Manceau
Occurrences Celtes :  Pour Laodina Legall
Passion rouge : pour Marie-Claude
Boîte  à  mémoires des perdus  : pour Joëlle Mandard
Sangs mêlés de Kernours : Pour Danièle Duteil
Terre d'exil : aux enfants du  monde
Les trois sœurs : pour les sœurs Gwernig
Le secret des  pierres : pour Youenn Gwernig
Scarface : pour Erin
Pierre d'offrande  : à Paul Quéré.
La question: Pour Louis Bertholom.
La réponse du Loc'h: à Marie-Josée Christien
Les  demoiselles d'Omphalos : pour l'inconnu péri en  mer.
Offrande au soleil levant : Pour Rick Forrestal


A Jacques Manceau.


A  l'heure  même  où j'écris ces lignes, ils mettent  un  homme en terre,  loin d'ici. Le passage d'une rive  à l'autre,  il l'a payé, cash, cher. Il était  mon cousin Jacques.
 Pour toi, Jacques, cette dernière spirale du Vieux-Passage, en terre Bretonne. Tu le sais, maintenant, toutes les terres ne font qu'une et chacun selon ses croyance  y trouve la paix, dit-on . Qu'il en soit ainsi  pour toi.

On ne peut quand  même pas imaginer la vie sans la mort. A chaque disparition, je monte en  première  ligne. Je ne l'oublie jamais. Ce qui a changé depuis que nous sommes en Bretagne ? Nous y avons vécu 17  mois. Dix sept de  moins à vivre sur  mon  propre compte.

  Ty Bihan

Le  monde  est beau, sans doute. Il est cruel, aussi. Combien d'exilés envoyés par le fond ces  jours-ci en Méditerranée et  à qui  profite le crime ?
  Je suis sur les roches de Ty Bihan, en ce  lieu difficile d'accès, aux  pierres  lisses, glissantes,  lourdes. Je m'y rends parce que  l'endroit est beau, calme. J'ai des choses  à dire à proclamer devant  l'océan. Pierre après  pierres, je compose le  poème du jour, puis  un autre, et un autre, jusqu'à épuisement. Ils valent bien cela ces enfants du  monde, sacrifiés sur le chemin de  l'exil. Qu'on arrête de  me parler de mes petits  bonhommes rigolo. Je préfère que vous passiez sans rien dire. Cela me convient  mieux.

Île de Berder

Ce qu'ils appellent vagabondage et qu'ils  punissent, n'est qu'un reste de  liberté première d'aller et venir dans la nature, avant qu'elle ne tombe aux mains des  propriétaires. A  moins qu'ils ne soient contraints et enfermés dans des cages,les oiseaux ne se soumettent qu'aux  lois de la nature, ignorant, limites de  propriétés et frontières. J'aimerais revenir sur terre sous la forme d'un  oiseau.
Les demoiselles de Berder ont pris leur envol  pour  l'Omphalos, entre les carcasses du cimetière marin de l’Île de Berder. J'ai expliqué au  photographe  présent qu'il s'agissait  pour  moi, de rendre hommage au marin  pêcheur, tombé la veille d'un caseyeur et disparu en mer, au large de Belle Île. Il a compris  mon geste, ajoutant, n'en parlez pas  à mon groupe d'amis,  ils ne comprennent pas ces choses  là.

Côte sud de la Bretagne.

Elle m'attend  à la maison, souffrante. Je pense aux longs  mois passés dans cet état. Je l'aime. Je rapproche deux  pierres sur  l'estran, je les lie d'un coton rouge et termine le tableau en posant  une tête sur chaque corps. L'Atlantique  monte. Bientôt ils seront recouverts et ne restera plus que  l'immensité marine et son  horizon.
 Au bout du paysage, existe-t-il plus beau que ton  regard.
 Elle accompagne chacun de  mes pas. Je grimpe sur la falaise. Je reprends le chemin de ronde. Je vais la rejoindre.

S'alléger si  l'on veut vivre. Le trop, parfois, c'est le contraire de la vie.

Mémoires

Pour ne pas perdre  pied, ce Dimanche, j'ai décidé de faire le tour de  mon village, dans le sens  inverse des aiguilles d'une  montre. Brec'h. Ville étape. Pont Romain, sur une pierre de remarque, déjà rencontrée, je réalise autour de pièces métalliques trouvées près d'une machine agricole abandonnée, trois  installations. Je questionne le  lieu et totémise la  pierre de remarque. La réponse ne tarde  pas. Le magnétisme des cours d'eau et de cette voie Romaine,  m'inspire. Trois noms, Bertholom, Christien, Quéré me sont servis par ma mémoire.Ils sont présents, ici.
Je reprends la route. Seconde étape: même ville, Champ des Martyrs. Après une  longue cueillette, je réalise  un boîte  à  mémoires. Chaque  végétal, chaque  matériau a sa  mémoire, éphémère. Le tout assemblé doit raconter, chanter une histoire. Ensuite, je peux partir.

Terrasse de Saint Goustant

Un  petit groupe d'étudiants parle de Hannah Arendt et moi, je lis "La terre  à personne" d'André Daviaud. Pas de rapport direct entre les deux auteurs, sinon, la littérature. Ici, ma solitude se contente d'une tasse de café noir, sans sucre et de quelques pages de  lecture à la terrasse de l'Armorique.
L'été est fini.


Roger Dautais
Pluneret, le17 Septembre 2017


.../
Tout se justifie
en cette  vieille contrée
qui se donne à l'océan
comme  une nymphomane
affamée de sel et d'iode.

" Mes chaussures crissent
un papier froissé
sur les gravillons  blancs
qui  mènent à ta dernière demeure. "

Kermabec terraqué.
effrayé,  presque, habité  pourtant,
 village-passage vers les nuages
et les gerbes de  l'océan
qui s'impatiente.../

Louis Bertholom
 Bréviaire de sel
Editions Sauvages 2013





Bretagne. Ici on ne pense pas, on chante, on danse la pensée. On ne pèse pas les mots, les arguments, on les laisse s’accorder à une mélodie, une musique interne suscitée par le lieu, l’élément, pluie et vent. Le corps la joue, comme les branches de l’arbre, la voile du bateau, le conduit de la cheminée, le rocher battu de la vague. L’âme caisse de résonance ?

Nous nous en remettons à ce chant intérieur, d’ailleurs moins personnel que création commune. Secret de notre silence sauvage.

Il neige. Poésie en hibernation dans le sein chaleureux de la terre qui l’écoute, la sent, lui parle : comme la mère à l’enfant qu’elle porte.

Le silence est une œuvre au noir.

Autre temps, autres lieux, le Bouddha, Lao Tseu et le Bodhidharma, invitaient, eux aussi, à danser la pensée…

Secrète nature, muette nature, le chant intérieur n’est pas personnel. Il est bien commun, viole de Bretagne, violon bigouden !

Etre en harmonie avec l’espace vécu comme une célébration : nous nous sentons, ici, plus près d’un Orient même extrême, que d’un Occident bavard, raisonneur, ratiocineur, dont nous ne pouvons saisir les paroles tant leur flot nous submerge, nous étouffe, nous noie…



 Paul Quéré *

*  http://www.cyclopaedia.fr/wiki/Paul-Quere


mercredi 20 août 2014

Traces Celtaoïstes : pour Paul Quéré
Karrez-aour : pour Marie-Josée Christien
Les  lumières d'Amélie : Pour Françoise Beauguion
For you, my love : pour Marie-Claude
Soleil levant à Saint-Jean : pour Youenn Gwernig
Le chant du Loc'h :  Pour Tilia
L'intime : pour  Marie-Monique (Art-Monie )

Passage : pour Anne Desocreries
Le chant de Kerpenhir :  pour Maé
Exil  ou les enfants de la peur : pour Christian Cottard
Totem  :  pour Rick Forrestal
Partition pour un chant vert :  à Guy Allix
Présences :  pour Claude Pélieu
Gouez du Levant  : pour Alain Jégou
Le trou du diable : pour Annliz Bonin
à Paul Quéré.

Kerpenhir
- Vous abandonnez cette spirale ?
Elle regarde la mer qui s’approche de cette plage de Kerpenhir  où  je viens de  tracer  une spirale.
- Vous auriez du la faire  plus haut, vers les dunes.
- Elle est bien  là.
Comment lui expliquer  à cette passante. Cette spirales est  pour Maé. Pour elle seule, partie.
La dépossession de  l’œuvre est enrichissante. Le land art  m'apprend cela tous les jours.
- A quoi cela vous avance-t-il ? La mer efface tout.
-...
Ce n'est plus une question  pour  moi, d'être en avance ou  pas dans une quelconque course, de  m'économiser  pour durer. Il me faut simplement, être sur la déferlante et prendre tous les risques d'une vie  bien remplie, jusqu'à la dernière minute. A quoi  me servirait de courir  après je ne sais quelle rédemption, puisque mon ciel est vide. Si  mon destin complique actuellement la trajectoire,  l'instinct de vie  l'emporte  provisoirement : sursitaire  jusqu'à  l'ultime.

Forêt  et baie St Jean de Crac'h

Je goûte au  parfum des bruyères en Baie de Saint Jean.  Dans cette rivière naturelle, d’indociles marais se font  piégeux comme des belles filles et les salicornes lancent des sortilèges. Les premières rousseurs palpitent au cœur des fougères. Il faudra bien qu'elles cèdent leur jeunesse, acceptent l’automne. Ensemble, le temps venu, elles ne seront plus que mémoires craquantes sous mes pas,  puis, humus, bouclant la boucle de vie.

Dolmen de Luffang

Luffang, haut  lieu de  mémoire, dolmens décoiffés. La cacophonie de vos âmes absentes, planant sur la Ria de Crac'h, ride  l'eau en surface.Un souffle sacré passe.
C'est  un  monde  oublié.
Que faire au milieu de cet oubli sinon vivre une disparition douce, une apnée éternelle,  un envol jusqu'à Kermario et ses pierres levées? Pourquoi ne pas tenter un  partage du ciel avec les oiseaux, puis se déliter en douceur  sous les  lichens d'un cromlec'h , choisir une lente dérive au jusant,  un retour  à  l'Omphalos ?

Carnac

Toute vie est kaléidoscope. Je dois, parmi ces instants vécus,  aller chercher  l'émotion au plus  près de la source, puis la transformer en cairn;
Développer, bâtir en  pierres de Carnac, face  à l'océan, partir, recommencer. Tu vois cet enfer ? Je n'ai pas d'autre solution  pour le moment. C'est assez  proche de la folie, mais sans les  murs, ce qui le rend acceptable malgré tout.

Auray

Je n'ai  pas choisi, elle ont poussé  là et je les ai cueilles, ces jolies baies rouge vif. Dans ma pratique du land art, je n'achète rien, je trouve tout dans la nature. Il n'y a pas de hasard, mais une  observation permanente de ce qui  pourrait nourrir une idée. Et c'est dans cette succession de déplacements, de non-vécu, de non-dit, de  non réponses à  mon questionnement que jaillissent des occurrences  à saisir. Cela finit par tisser la trame de ma  journée de ce que  j'appelle "  un tissu de fortune " assez fragile, sur lequel je vais trouver matière  à démarrer une nouvelle aventure land art.

Brec'h

Au  pied d'une colline boisée, je rencontre  une exceptionnelle lumière qui  me fait penser à celle du  film de J.P.Genet, Amélie Poulain. Cela me suffit pour travailler au cœur de cette émotion,  musique du film en tête, avec ces baies rouges fraîchement cueillies. Instants délicieux de solitude et de partage, dans ce  lieu sanguinaire,  où il s’agit  bien d'apaiser le tumulte des  âmes, sans les déranger. Le passage se  fait dans la délicatesse.

Carnac, le retour.

Mais le  monde est fou, se déchire, tue des enfants sans scrupule. Pour y échapper,  il faut simplement, être nés du bon côté, s'arcbouter sur son avoir, fermer les  yeux sur le drame. Assez simple, en somme.
Très rapidement, je mets en place cette scène :
Trois adultes, six enfants, face  à la mer. C'est l'exil,  l’embarquement. Je ne sais pas si cela sert de dénoncer  l'injustice de cette façon. Je ne sais pas, mais je le fais. Lampedusa existe toujours.

Roger Dautais

PS. Tous ces  lieux nommés sont dans le Golfe du  Morbihan et alentour et pour ceux qui  ne connaissent pas, en Bretagne










A Jean Bazaine,


Chambre de
combustion
solaire
                        musique
fission

Le hasard y fait
feu de toutes ses flûtes
La nécessité
bois de toutes ses cordes

Poursuite
musicale
érubescente
d’un vivant probable
Strette
d’une fugue de l’amorphe
Avant l’oreille
Avant l’œil

Avant le point
d’eutexie
de tous les sens

Ou bien encore
noctiluque ovni
au space opéra
des sphères
sonate de l’être
humain

Diastole et systole
du porphyre
au sein de la terre
Extase matérielle

Dans l’aube
cramoisie
le brasillement solaire
tango

Paul Quéré *

 * Mieux connaître Paul Quéré  :  
 http://www.unidivers.fr/paul-quere-celtaoisme-poete-breton/


***

Est-ce que les choses

réapprennent ce qu'elles sont
ou alors, est-ce toi
qui fait entrer la pierre dans la pierre
la nuit dans la nuit
et demande au  lierre
d'être sans écriture
à la mer
d'être le recommencement de la mer

Christian Viguié
Autre chose
Editions Rougerie 2010

*** 

La  lumière  pèse  à peine
ma patience du jour
accompagne l'accomplissement
des saisons

Chaque  mot levé en  moi
peu  à  peu
m'unit
au  froissement  invisible.

Marie-Josée Christien
Temps morts
Editions Sauvages 2014

mercredi 6 août 2014

Les trois sœurs de  l'eau : Pour Danièle Duteil
L'instant Zen : pour Paul Quéré
Ode  à la salamandre dorée   :  Pour Anne Lemaître
Autolyse :   Pour  Saravati

Le tambour du monde :  pour  Maïté /Aliénor

Chant d'adieu :  à Jean Clément

Fosse commune  du temps  :   Pour Christian Cottard

Flux  :   à  Camino Roque

L'appel du  large  :  pour Jacques Thomassaint

Prisme du temps : Pour Paul Quéré
Chant sacré de la Terre : pour  Helma
Le feu le sang et  l'eau  : pour Mira Kuraj
Les demoiselles de Baden :  pour  Leeloo


Les  jours sans  pain,
Je t'aime aussi.

 à Marie-Claude



La journée commence par un cri d'absence au pied du menhir. La mer s'est retirée. Même proche, elle me manque. A genoux, je gratte le sol et  le dégage à la manière d'un chat. La mémoire est toujours  une question de  lieu pour  moi. A  l'heure  ou naissent dans ma tête des idées de voyage, je suis en route et  je marche, j'approche du  lieu journalier. Celui que j'apprendrai à oublier. Le fatigue me prend dans les jambes, m'explique qu'il faut ralentir. 
Toutes cette énergie dépensée pour vivre,  à chercher, trouver, couper, cueillir, ramasser. Tout ce qu'il faut pour  inventer une forme,  un langage qui collera  à la terre, au paysage. Toutes ces installations que je recouvre parfois,  une fois terminées, par des végétaux. Ainsi la terre, comprend   mieux l'offrande, la dissout, la digère.
 Important ces grandes émotions de la rencontre avec celle qui  me recueillera  un jour.

Il  m'a dit que je bégayais ma vie, que je me répétais. Il oubliait que le jour et la nuit se répétaient aussi  jusqu'à ce que...
Je rêve de  neige, blanche comme celle qui recouvrit le corps de ma  mère défunte, pendant les semaines qui suivirent son enterrement.

Sans doute  lui ai-je dit mais je le pense toujours , sédimenter  l'instant est une gageure vouée  à  l'échec. Se vouloir  immortel a quelque chose d'indécent,  même avec  une épée au côté.Le temps doit rester libre.
Je termine  ma spirale sur la plage vide. La mer arrive. La toile se déchire. Le masque tombe et la nue vérité ne veut rien dire. La mer  reprend chaque certitude, chaque boucle de la spirale,  jusqu'à la dernière et l'avale sans concession. Ne pas attendre d'autre réponse à se festin que la satisfaction des vagues qui  ondulent de plaisir.

La ria séduit, attire, trompe aussi et qui  l'a vue grosse des eaux de  l'Atlantique la découvrira plus tard, vidée comme  un  poisson, étalée, grise. Ses  berges piégeuses et envasées dissuadent le marcheur qui ne connait pas les passages. J'aime cette association du  plein et du vide qui s'effectue parfois sous le cris des oiseaux de  mer, parfois dans  un silence étonnant.
J'ai toujours une boussole dans la poche. J'aime  l'orientation, comprendre  où je suis, imaginer la rotation de la terre, dans un endroit reculé.C'est fabuleux.

J'aime cette  impression d'être  invité au silence de la baie lorsque la mer s'est retirée. Je m'approche d'une plaque de salicornes et les  mange sur place. L'âme de la baie Saint Jean est salée. Je pense  à  mes amis acadiens rencontrés en Normandie. Ils auraient aimé ce  lieu..
Je remonte vers le nord. Une tourterelle  quitté les pins maritimes, vole au dessus des  bruyères et devient  un trait-d'union. 
Je confectionne  un bouquet de bruyères, avec application. 
Rond,  il devra être équilibré et pouvoir tenir debout,  posé  à même  le  sol. Je retrouve des gestes de fleuriste. J'apprends  à connaître cet homme lumineux que devait être Paul Quéré. Potier d'exception,  peintre,  poète. Ce sont mes premiers pas vers  lui, disparu il  y a vingt ans. Ce cairn  minuscule, ce bouquet, posés dans ce  lieu de beauté naturelle, de silence et équilibre. Dans  l'intime grandeur de la ria,  j'invoque son esprit. Il passe.

Morts, réveillez-vous, levez-vous et dansez   sous le chant du merle, du  loriot . Que vos bouches pleines de terre, accueillent l'akène,  que le chêne proclame sa vie transmise et vous, disparus, couchés sous  son  ombre, devenez sa mémoire.

Les salamandres dorées gardent les sources des sept îles. Le cercle d'or roule sur  l'horizon. Orion répond  à la nuit. Passez votre chemin,  incrédules, mes pas résonneront longtemps encore sur la route qui mène  au tombolo.Mané er Hroec, Mane Rutal, Mané Lud, soyez les grands témoins de  mon engagement, dans vos silences de Dolmen. Le tambour du  monde bat la chamade au creux du Loc'h. Sang versé et cris, flétrissures du temps  ont donné de bien beaux chênes bicentenaires.
Le feu  le sang et  l'eau se marient dans l'abreuvoir et  mon dos  courbé prend  l'averse. L'usure a du bon qui nous apprend  notre  propre finitude
Non  loin de  là, les zézés font chauffer les cartes bleues et se remplissent la panse dans les rues bondées de Carnac et de la Trinité..

La terre est dégagée, noire, tiède. Je peux  maintenant commencer  ma prochaine installation en offrande  à la terre-mère avant de reprendre la route vers celle que  j'aime.

Roger Dautais.



L'
intérieur de votre tête
n'est pas cette
masse
grise et blanche
que l'on vous a dite

c'est un
paysage
de sources et de branches
une
maison de feu

mieux encore
la
ville miraculeuse
qu'il vous plaira
d'
inventer.



Paul Nougé

 http://www.universalis.fr/encyclopedie/paul-nouge/

 http://fr.wikipedia.org/wiki/Paul_Noug%C3%A9

mercredi 23 juillet 2014

Ar tad :  pour Kenza
Mamm -gozh :  pour mémoire de silence
War dreuzoù Mor Braz : Pour Marie-Josée Christien
Boîte  à  mémoire Alréenne : pour Marty
L'écho de Saint-Jean : pour Anne des Ocreries
Amnésies rouges :  pour Isabelle  Perronneau


La part belle du Loc'h : Pour  Laodina Legall
La vie hors cadre : pour Serge Thébault
La confidence en ria : pour Isabella Kramer
Digenvez : Pour Rick Forrestal
Anaon.  : pour Guy Allix
Love story for ever : pour Marie-Claude
L’embarquement en ria : Pour Sylvie F.
La vie-la mort :  pour Erin


à Marie-Claude, seulement
car nous ferons route ensemble jusqu'au bout...


 « beaucoup à désapprendre pour voir sourire un arbre » 
(Albane Gellé, L’Air libre)


La route est bonne  à prendre qui me tend ses bras  en ces temps où  les bombes délirent et les enfants succombent. Je n'ai à dire au revoir  à personne, ni  merci,  puisqu'ils ne veulent pas de  moi. Gardez vos certitudes, vos guerres, vos manifs. Je m'en vais depuis si longtemps.

 Dire au vent de ne rien oublier, de prendre le relais de ma mémoire amnésique J'ai en  poche un rouleau de papier et ces vers recopiés de J.Tanner : 

J'écris le tumulte silencieux
d'un enclos crucifié
au ponton des mémoires
et le fleuve inerte
transperce les rizières
muselées
oubliées. 

Il sera enfoui en terre sacrée, humus de  poussières d'os, routes éclatées du Mané Kérioled, du Ménec, kermario, Mané rutal, Mané lud,  Luffang. Pierres plates, levées, dolmens, toutes et tous reliés, connectés, transfusés par ce  poème né d'une étoile jaune entrée enfant dans le drame absolu de  l'exil  pour échapper au rafles.
Jamais vu un pareil foisonnement de fougères. Ce pays a des générosités qui dépassent l'entendement.
Je sais maintenant que mon père à  lâché ma main, avancer vers la conclusion, sans peur. Mais avancer ne veut pas dire comme je l'expliquais  hier  à Serge, plaire  à tout le monde et faire des concessions en veux-tu en voilà. J'ai cassé le mode d'emploi d'une vie rangées. Je me délecte de cette joie sauvage qui en découle.
Je suis ma route et verrais bien  où elle me mènera chaque jour. Je n'ai pas  à supporter le passage  obligé de mon tumulte intérieur.

L'été se met en pause. Je goûte  à cette averse inattendue qui rafraîchit  mon corps et  l’accompagne jusqu'au bout des doigts. Eaux océanes, eaux saumâtres des rias, ruisseaux et rivières, lacs, étangs endormis, mares aux lentilles ,  sources cachées, vous souffrez de l'incurie des  hommes et je comprends votre détresse. Sans vous, que serais-je sinon déjà mort. Petit fils de sourcier,  je frissonne  à votre approche et répare mes failles,vous confie mes secrets. Et  pour avoir rendu dignement la salamandre d'or  à la terre, non  loin de notre maison, je me fais ami des batraciens.

Dans les plis et replis de la baie Saint-Jean, le soleil joue sa fin de partie sur les bruyères d'été. Face au couchant, j'élève quelques cairns. Ils sont tous dédiés  à quelque disparu mais je n'en dis pas  plus aujourd'hui pour apaiser les doutes de certains. L'entendement au premier degré tue toute poésie de  l'instant et m'éloigne de ces obtus.
 Entre le silence et les dires, le bavardage des pies énervées par l'orage et mon incapacité  à leur répondre, accompagne mes travaux de land art.
Alors que j'exprime le hors cadre, je suis assailli  par une pensée. Mais que diable vient-elle faire, dix ans après dans ma mémoire ?

... Chaque semaine, en Normandie, autour d'un café, je lui décrivais en détail, mes sorties land art.Cette fois,  il s'agissait d'une de mes nombreuse marches sur cette voie ferrée, très  ancienne, bien au-delà du pont métallique et suspendu qu'elle connaissait aussi. Il y passait un  train par jour et depuis tant d'années que je l'arpentais, les chauffeurs de loco me connaissaient. Ils me saluaient au passage, alors que j'élevais des cairns sur les bas côtés de la voie. J'imaginais Kerouac, Guthrie, bien sûr et leur emboîtait le pas, sac au dos, avec ma fidèle chienne noir et feu, Morgane.
Michelle  m'écoutait et me disait que j'étais devenu  un hobo du land art. Américaine, elle adorait la beat génération et venait de Los Angeles. Lorsqu'elle était inspirée, nous pratiquions le land art ensemble, dans mon groupe Plages de Liberté, avec Lee, la coréenne, Rose-Mary, l'anglaise, Elizabeth, la canadienne et Marie-Claude, ma femme.

J'ai déserté les sables de la côte transformés en barbecue géants, véritables poêles  à frire  pour touriste en mal de soleil qui tape  à plus de 30 degrés. Ils sont bien  là et moi, ailleurs.
Je rejoins mes pierriers bordés aujourd'hui  par une mer scintillante. J'essaie une pair de chaussure neuves. Important pour la stabilité d'avoir de bonnes chaussures. Travailler dans ce chaos, certes attirant, car toutes les pierres sont belles, n'est pas sans danger et qui est négligeant, termine par terre, blessé ou cassé. Il faut assurer chaque pas,  même si la pierre semble stable, car elles tournent souvent. Une fois le lieu choisi, j'imagine ce que pourra être le cairn : forme, nombre de pierres, petites  ou très  lourdes. J'approche la  plus grosse qui sert de base et je vais chercher les autres, une par une. Par ces temps de canicule, je dois faire plus attention et faire des mouvements moins brusques pour que mon cœur suive car  le transport de chaque  pierre, les plus lourdes dépassant souvent les 25 kilos, en terrain hostile, est très éprouvant. Lorsqu’il pleut, c'est encore  plus dangereux. Je peux en témoigner  pour  m'être blessé très souvent en pratiquant le land art, notamment dans les carrières Normandes;Très vite en sueur, je m'hydrate beaucoup comme pendant mon entrainement sportif de la semaine( au  moins 4h30). Aujourd'hui,  j'ai une réussite de 100%. Aucun cairn ne s'écroule et je trouve chaque  point d'équilibre, avec facilité. Je suis en ce moment, calme, équilibré, heureux d'être ici. Cela se répercute dans  mon travail.
Je prends mes photos et, comme souvent  l'été, je ne suis pas le seul. C'est toujours  plus agréable d'avoir  un petit salut. Rien cette fois. Ils photographies, expédient, immédiatement et partent. C'est la classe !

J'en profite pour répéter  ici que mes photos ne sont pas  libres de droit et je les retrouve  un peu partout, quand elles ne sont pas anonymes et appropriées par l’emprunteur( Je pense  à facebook)

La route dévore ma vie et je n'ai d'autre ambition que de la nourrir.
 Kenavo

Roger Dautais


une femme elle reste à la fenêtre elle ne
se jette pas par-dessus bord elle n'ouvre
pas elle regarde la vitre ou quelque chose
dehors derrière la vitre on n'en sait rien
elle ne dit rien de ce qu'elle voit est-ce
qu'elle voit seulement et puis son front
il est collé ça fait de la buée sur cette vitre
qui la sépare du monde


Albane Gellé, Un bruit de verre en elle, Inventaires invention, 2002, page 25



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Landartiste, photographe, auteur de livres pour enfants, Roger Dautais est aussi un artiste atypique, sensible et attachant.Il a sû, dans la diversité de ses expressions, trouver une harmonie par la pratique quotidienne de cet art éphémère : le Land Art. Il dit "y puiser forces et ressources qui lui permettent, également, depuis de nombreuses années, d'intervenir auprès de personnes en grande difficulté ( Centre de détention pour longues peines et personnes âgées atteintes de la maladie d'Alzheimer) pour les aider par la médiation de l'art.