La vie, comme elle va

"S'il suffisait de lire comme dans une bulle de cristal, alors, ce serait, facile.Mais il faut vite déchanter, prendre la route, sac au dos et marcher, toujours marcher pour oublier ce que l'on a déjà fait, ce que l'on va faire. Il faut attendre que la nature nous prenne et nous ouvre sa voie. C'est une progression incessante, pour de si petites choses".
Roger Dautais . Septembre 2009

LE CHEMIN DES GRANDS JARDINS

Un voyage étonnant au cœur du land Art

mercredi 13 septembre 2017

à Marie-Claude






 Il faut un glaive,  un diamant très tranchant pour couper
tous les attachements et décapiter les idoles, les  illusions,
 pour oser enfin voir le  monde tel qu'il est.
Alexandre Jollien
Vivre sans  pourquoi.


Route 74 ...
Laissez- moi vous conduire auprès de cette spirale que  je créais  un jour, du côté de la barre d' Etel, alors que je revenais vivre en Bretagne. Très difficile  à réaliser, je savais qu'un jour viendrait,où je devrais  quitter cette  pratique du land art, rattrapé par  l'âge.
Nous sommes devenus amis, autour d'elle et de quelques autres  installation, au fil des années C'est pourquoi, dans cette  longue traversée du désert commencée en Février 2017,  pour raison de santé,  et qui se  prolonge,  j'ai reçu de très  nombreuses  preuves d'amitié. A tout ceux qui  m'ont écrit,  ici, téléphoné, rendu visite, envoyé des  livres, repris mes land art  pour les relayer sur les réseaux sociaux, je dois reconnaissance et  immense  merci. Je ne me sentais pas le courage de déballer  à chaque fois en réponse,  mes états d'âme et mon bulletin de santé.
Dans quelques jours, je présenterai ici ce que furent mes derniers travaux land art de la route 74 réalisés  l'hiver dernier en Bretagne, avant d'affronter  une ultime épreuve.
Malgré tous les soins reçus, je ne peux maintenant  échapper à cette  opération du rachis, tant redoutée et retardée,  parce que,  à risques, et très douloureuse. Je connaîtrai donc  un état de dépendance quasi total,  puis  une longue rééducation qui devrait me rendre  à la vie normale en Avril 2018, avec un peu de chance.
Je rêve alors de reprendre  mes créations land art et de réaliser  une superbe spirale dans les sables de ma Bretagne. Ce sera  le retour  à cette route 75. Prenons rende-vous.
En attendant, je contemplerai le  monde, tel qu'il est, depuis  mon  lit, et sans land art. Cela devrait  pouvoir se faire.
En avant de vous quitter, ce soir, permettez-moi de vous  offrir deux citations poétiques que je reçu  un jour de  mon amie, Maïté-Aliénor

« PERDUE AU SEIN DE L’IMMENSE
TOUTE PRÉSENCE EST PIVOT
AUTOUR DUQUEL L’UNIVERS
TOURNE, SOUDAIN, INTIME. »


« MIRACLE 

LORSQUE PAR-DESSUS L’ABÎME QUI SÉPARE
RESPLENDIT L’ÉTOILE
DE L’ ÉTINCELLE

LORSQUE PAR-DELÀ LES TEMPS MORTS
LE CAUCHEMAR ÉCLÔT
EN ROSE-THÉ DU JOUR… »

Les deux citations sont de François Cheng/ Le Livre du Vide médian.

J'ai toujours présenté de la  poésie sur LE CHEMIN DES GRANDS JARDINS, elle est comme  le pain quotidien, viatique  pour  la route. 

Belle soirée  à tous.
 Amitiés.

 Roger Dautais

jeudi 2 février 2017

Lieu de  mémoire :  pour Marie-Claude
L'enfant de l'ombre :  pour Mémoire de Silence
Coup de vent  :  pour Sole
Le chant des  pierres :  pour Teresa
Transition  bleue :  pour Anne Le Maître
Savoir vivre :  pour Patrick Lucas
Sept  raisons d'être :  pour Isabelle Kramer
L'amnésie de  pierres :  pour  Jean-Jacque
Guetteur d'avenir :  pour Célestine
Le frère du Gouyanzeur :  pourLeeloo
Le signal :  pour Christineeee
Cairn au  lichen :  pour  Ana Minguez Corella
La vie rêvée des  pierres :  pour Elfi
Un  jour  à St Jean :  pour Orfeenix
La cabane du pêcheur  :  pour Chica
Élytres

Compléments : Christian Cottard
Cairn à la vague :  pour Synnöve
Guetteur de la voie Romaine :  Miss Yves


Le monde n'a pas de sens
c'est nous qui lui en donnons un
Christophe André

Route 74;;;


Golfe du Morbihan

On le sait, la vie est un éclair, comme le répétait François. Mais, je vais encore une fois, tenter de partager quelques émotions avec vous et d'étirer le temps qu'il me reste à pratiquer le land art. L'espace entre les autres et moi s'est agrandi durant ma maladie. Pourtant, j'ai toujours eu du cœur et de  l'intérêt pour l'humanité, ça oui. Et  puis il me fait trop mal, ce cœur, à chaque effort, pour imaginer que je n'en ai pas.
Afin de l’entraîner, je marche chaque jour, par tous les temps. En ce moment, il est souvent maussade. Ce jour là, je marche plein Est, empruntant un des chemin boueux du Golfe du Morbihan.. A gauche, des pâtures, avec quelques chevaux. A droite, la mer, en contre-bas de la falaise. Une plage de sable granuleux. Des herbus. Elle est entièrement couverte par les ramures d'un très vieux chêne. Je descends la falaise, cannes anglaises sur le dos. Je rassemble les quelques pierres disponibles sur la  petite grève et les installe en cairn.. En principe, il est à l'abri . La mer se chargera bien de le bousculer aux prochaines grandes marées.

Je relève le col de ma veste de quart et lève les yeux au ciel. Je tente une ultime négociation :
«  il pleut depuis 12 heures, sans interruption, pourriez-pas chasser tout ça d'un bon coup de vent ? Les bernaches vont finir par décamper pour de bon. ».
Rien, aucune réponse. Le ciel est toujours vide au-dessus de moi.
Je reprends la marche. L'embellie a fini par s'établir alors que je suis trempé jusqu'aux os ;
Ah ! Qu'il me fait mal, ce premier pierrier. Pourtant, je suis comme un enfant retrouvant son terrain de jeu. Il faut bien le constater, je n'ai d'enfant que les yeux et le rêve, pas le corps. Pour ce corps, après bientôt  10  mois d'arrêt, c'est catastrophique. Équilibre précaire, forces musculaires fondues, douleurs aux tendons d'Achille, lombaires douloureuses. A peine remis, tout ce petit monde me demande grâce. Pourtant, je vais réaliser 5 cairns dans la plus grande douleur parce qu'il faut bien recommencer. Je dois m'allonger pour réaliser certains cadrages photo.. J'ai le plus grand mal, à me redresser, à me mettre debout. Je devrais pleurer de rage. Je m’assois et découvre l'ensemble de mon travail. J'y trouve matière à consolation, même si mes cairns sont moins hauts qu'autrefois.. Tenir jusqu'à l'âge de 75 ans me prendra autour de 320 jours . Je mesure la difficulté du défi.

De 'île de Stuhan aux Sept îles

L'imprévisible se découvre mieux au contact du sauvage, de ce qui m'échappe et c'est à la mer que je vais le chercher. Je parcours le tombolo qui m'éloigne du continent. La marche, la fatigue, l'oubli tricotent ici, une nouvelle vie, jusqu'à perdre pied.. Résumer ma vie à cet instant s'écrit en un mot : souffrance. Je dois la dépasser où passer à autre chose. Si je n'ai rien à gagner dans ce récit de vie, il témoigne que mon retour au land art, passe par cette réalité et non par une autre voie
Le passage vers l'Île change au rythme étonnant des marées. A cette heure, l'île se fait engloutir en grande partie par les flots. Et si j'y restais, qui viendrait me chercher dans ce lieu totalement désert. ? Pratiquer le land art ici, n'est pas sans danger. Il faut le savoir. Un flot impitoyable, poussé par le courant de la Jument, se charge d'effacer toutes les plages. Il reste à peine deux mètres entre l'eau et le trait de côte. Juste de quoi choisir entre les pierres rescapées pour élever quelques cairns.
C'est ici que je trouve le bonheur, près de mes pierres. Chaque cairn est un cri, une victoire sur les flots.
Ici, je remets mes angoisses à demain. Mon corps transpire, éreinté par l'effort. La fatigue s'installe, m 'épuise. Encore une pierre, une autre. J'abandonne le reste des pierres aux flots gourmands. Ne jamais oublier le vent libre et cinglant de l'hiver qui souffle du large et me glace le corps. Il est vital, je le respecte, il construit ma mémoire pour le temps d'après qui approche.

L'enfant de l'ombre

Combien sont-ils, ces enfants en bas âge, arrachés de leur Afrique natale ? ballotés de groupe en groupe, puis  un jour, jetés dans  un bateau pourri, armé  par des passeurs sans  foi  ni  loi,  pour atteindre  l'Europe,  Ils survivent comme  ils peuvent. Quand ils ne perdent pas la vie dans  un naufrage,  ils arrivent  à Lampedusa,  ou ailleurs, ayant tout perdu. Il s'accrochent au premier adulte pouvant  s'occuper d'eux et vivent dans leur  ombre  poursuivant  l'errance. Je les appelle, les enfants de l'ombre. J'évoque leur destin fragile, avec quelques  pierres,  pour leur rendre hommage,  pour dénoncer aussi, ce scandale qui n'en finit pas.

Roger Dautais



Plages  lointaines
larges suaves
échouages d'horizons
commencement de la mer.

Robert Fred
Cascades
Éditons Gérard Guy

mercredi 28 décembre 2016

Guetteur de marée  :Pour Erin
Breizh , la  légende vivante  :  pour Vincent Dautais
Les rescapés de Lampedusa : pour Guy Allix
Le grand cairn de St Phil  :  à Youenn Gwernig
Dix raisons d'espérer : pour Isa
Mnésis :  pour François Esperet
Traces mémorielles : pour Mémoire de Silence
Exister  ici : pour Christian Cottard
Lampedusa ,Terre  promise : Marty
Le  guetteur de la passe  :Pour Ceciely
Pierre sur  pierre : pour Pastelle
Cairn en ria : pour Fifi
Hommage  à Baboon
Le jardin de Sainte-Anne d'Auray  :  pour Fanny et Tony
Au creux du silence  :  pour Thérèse.
L'abri côtier :   pour Marie
L'étoile du Loc'h : pour Marie-Josée-Christien
Derrière de  passage : Pour Serge Mathurin Thébault
Le  premier signe de St Phil. :  Pour Mokhtar El Amraoui
Le second signe de St.Phil :Pour Guillaume

Prolonger  l'histoire : Maïté Alienor
à Marie-Claude,

aux 310 700 lecteurs qui  ont emprunté
Le Chemin des Grands Jardins
depuis sa création.

Aucun signe  ne m'avait  indiqué  une Route 73 aussi  mouvementée. Je pratiquais le land art en Bretagne, dans  un bon  rythme,  lorsque, début Mai, je devais connaître  une hospitalisation aussi brutale qu'urgente. Le diagnostic annonçait  une maladie qui me  privait, entre autre, du land art,  pour  plusieurs  mois. Mauvaise nouvelle. S'ouvrait aussi,  une longue  période de soins compliqués.
Dès le premier septembre, contre l'avis des médecins, me croyant tiré d'affaire et assez solide, je reprenais la route, avec  une vraie  jubilation. Je lâchais les chevaux !
Durant trois jours, que  j’imaginais prolonger  à l'infini, je parcourais mon territoire.  Le golfe du Morbihan, la  pointe de Kerpenhir, Locmariaquer,,  l'Île de Stuhan, les Sept Îles, le Men Du,   Ty Bihan, Carnac, La baie Saint Jean, Le Pont de Brec'h, Le Loc'h, Le Champ des Martyrs, sans compter dolmens et menhirs, sur ma route. Avouez qu'il  y avait de quoi réjouir  un convalescent.
Et  puis,  en fin d'après-midi du  troisième jour,  lors d'une escalade des falaises de Ty  Bihan, c'était  l'accident.Le diagnostic était sans appel : le tendon d'achille touché, au ras de la rupture. Immobilisation,  plusieurs semaines, traitement,  kiné, retour  à la marche très compliqué et cannes Anglaises. J'en suis toujours  là, même si ça c'est beaucoup amélioré. Merci aux kinés et médecin qui  m'ont tiré de  là.. A ce  jour, je ne  peux toujours pas chausser de chaussure de marche tiré de  là.
En 8  mois,  j'ai eu le temps de  lire et relire tous vos messages d'amitié qui me sont parvenus, par mail, au téléphone aussi,  m'aidant ainsi  à traverser ces épreuves. Sans  vous, sans  l'aide de ma femme, de mes enfants,  j'aurai  probablement arrêté.Vous  m’avez redonné la force d'y croire.
La route 74 s'est ouverte  le 20 Décembre 2016, avec  l'espoir,  pour  moi, de reprendre le land art, bientôt.
Durant ces  jours de disette,  j'accomplissais, néanmoins,  mon destin. Lors de mes  premiers  pas solitaires dans le chemin creux qui longe  notre maison,, je déposais de  petits talismans de ma fabrication, dans les bras d'un chêne centenaire  pour qu'il  transforme, ces cadeaux en journées  lumineuses  pour l'avenir. Ce fut  l'endroit de  lectures de  poèmes offerts  à la nature que m'attendais.
Loin de la mer, les vagues  ont frappé dur en mon absence, sur les rochers de Kerpenhir. Je sentais  la cadence de  leurs vibrations, sous mes  pieds et m'appeler  vers elles  pour danser  un An dro sans fin.
Etais-je  devenu un tas de  pierres par tan d'immobilité ? Je crois que  oui,respirant avec elles, rejoignant ainsi,  la vie que se lovait dans ces petits instants de solitude et dans le  long  temps des  jours égrènes.
Pendant cette parenthèse folle de trois  jours, jamais  je n'ai cherché à faire  original,  à épater, mais  à vivre complètement l'épaisseur et la profondeur de ce qui me branchait le  plus simplement avec la nature. Combien  de fois  me suis-je répété ce vers d'un des  poèmes du grand Youenn Gwernig  : " Car il faut que chacun compose le  poème de sa vie " et  c'est ce que  j'ai fait.
J'ai confié  ma vie au  mouvement de  l'existence  humaine.Les jours  longs, étincelants de  lumière ont  pris toute la  place,  puis le blanc du jour  a reculé devant la dictature du Miz Du.
Jours de  mélancolie. Photo  :  l'Île de Méaban,  perdue en Mor Braz, dans une  brume épaisse.
Pour  moi,  le cap est passé, je relève la tête. Je remonte vers la  lumière.J'ai pris conscience de mon  âge et de cette fragilité avec  laquelle je devrai composer  maintenant, jusqu'à la conclusion.
 C'est  pour cette raison que  je vous  offre en cadeau de fin d'année,  l'ensemble de  mon travail réalisé  pendant ces trois jours de Septembre 2016.
Meilleurs vœux  à tous, amis et bonne année.

Je vous embrasse.

Roger




Les sentiers
tracés à pas d'homme
longent le silence
d'une  vie

Une blancheur éparse
laconique
s'obstine
 jusqu'au ciel

Je laisse aux  mots
 le soin de veiller.

Marie-Josée Christien

Temps morts
Editions Sauvages
Collection Askell



Un  petit  mot  à vos amis  pour dire que LE CHEMIN DES GRANDS JARDINS reprends ses publications aujourd'hui, l'aidera  à reprendre la route du bon pied. Merci.

vendredi 13 mai 2016

                                                            BLOG EN PAUSE


Quatre jours après ma sortie des  urgences de l’hôpital,  je suis   bien obligé de faire ce constat :  ma santé actuelle ne me  permet  plus de  pratiquer le land art. 
C'est avec  regret 


 


que je mets en pause LE CHEMIN DES  GRANDS JARDINS. Mon  intention est bien de retrouver la santé rapidement,  puis la  pratique du land art afin de remettre ce blog en activité.

En attendant, si vous le désirez vous  pouvez consulter mon autre page  land art :  
 
                                                               ROGER DAUTAIS GOOGLE + 

Je vous  invite aussi à revoir l'ensemble du Chemin des Grands Jardins, de manière aléatoire et de retrouver des pépites de poésie dans ces textes nombreux,  prêtées par leurs auteurs parfois composés et offerts  à mon  intention. 
Vos commentaires seront les bienvenus et reçus comme des marques d'amitié et d'encouragement dans  cette période difficile .

à bientôt. 
 Je vous embrasse.

Roger Dautais 

 

lundi 2 mai 2016

La question :  Pour Guy Allix
La disparition du second  :  pour Christian Cottard
Le cadeau rouge sang  : Pour Marie-Josée Christien
Rupture :  pour  Patrick Lucas
Faire la belle  : pour Ana Minguez Corella
Vider  l'espace : pour Marie
Apparence  imminente :  pour Maria D. Cano
L'alerte : pour  Mokhtar el Amraoui
Mouvement  immobile :  pour Erin
Le semeur de doute  : pour Art Traveller
Lieu d'utopie septique : pour Sasa Saastamoinen.
Ambitieuse chute annoncée :  pour Danièle Duteil

Lieu d'utopie :  pour  Maïté /Alienor
Transformation d'idées :  pour Alain Jégou
La déchirure :  pour France
L'effaceur d'instant : pour Emma
Cairn à marée  montante, en ria  :  pour Rick Forrestal
Les  fantômes de Lampedusa :  pour Pastelle


à Marie-Claude ...


Route 73

L'atmosphère plombée de ces derniers jours donne une couleur uniforme à toute la côté qui baigne dans le gris, du matin au soir. Il faut beaucoup de jours de gris où tu as le sentiment d'user ta vie dessus, pour sentir naître l'envie d'une belle lumière capable de tout réparer. Et c'est là, face à l'océan, après une longue marche que tu peux te trouver devant un brusque changement de temps.
Tout est beau, la mer les rochers, le sable. Tout est en place, harmonieux. Il n'y a rien à faire, rien à dire. Tu sais que cette lumière, ne va pas durer longtemps, que la mer va bouger, les nuages, s'accumuler et qu'en plus, personne ne te croira dans les terres brumeuses.
Le temps est suspendu.
Même l'idée de prendre une photo est superflue. L'instant vaut mieux que ça. Il doit s'inscrire dans ta mémoire. Tu te dois de l'emporter ailleurs et puis, il disparaîtra comme une chanson entendue à la radio. Il te reste le sentiment que le monde est beau, sous le gris apparent. Tu dois te débrouiller avec ça pour reprendre la route, en sachant que tu ne feras jamais aussi beau. Ne pas se tromper, le land art n'égalera jamais ce que sais faire la nature..

Travailler sur un cairn, en voie de disparition, c'est un peu faire mon auto-portrait

En équilibre dans les falaises de Ty Bihan, je m'absente du monde gris.. Le rêve permet cette absence, qui, elle-même, permet une vision de la nature, différente. Cette vision disparaît dès que le rêve s'interrompt.
C'est bien durant cette période qu'il s'agit de trouver l'étincelle de la création.

Entre temps, avoir affaire avec le temps normal, parce qu'il existe, qu'il est présent sans me demander aucun effort, me permet d'accepter que la vie existe, libre.

Je suis toujours en partance, sans idée préconçue. C'est cela l'esprit de découverte

Ikaria Lo

La ria s’emplit d'eau de mer jusque dans les plus petites veines du Sal. Elle vient de plus loin que le vent, du ventre de l'Atlantique. Elle a passé les forts courants de la Jument, écorné les parcs à huître, car rien ne l'arrête. La marée impose sa loi, son avancée, jusqu'à parfois charrier le corps d'un noyé inattendu et le déposer sur une rive.
Quelques bancs de mulets troublent la surface de l'eau. Je progresse à l'ombre , sur la rive droite. J'ai quitté les derniers marcheurs qui ont abandonné en route. Je veux atteindre, le point le plus au sud, celui qui frotte l'eau et interdit le passage, pour y élever un cairn. Les pierres libres sont rares, ici, qui me compliquent la tâche. J' y mets le temps. Les premières pierres s'élèvent. La lumière est sublime, mais en contre-jour. Personne d'autre que moi, ne vivra plus
l' instant de partage absolu avec cette arrivée de le marée.
Mon esprit s'envole. Je remonte la ria, passe l'Île de la Jument, quitte le golfe, contourne la pointe de Kerpenhir. C'est le large. L'Ikaria LO686070 * d'Alain Jégou , passe devant l'Île de Méaban. Pourrait-il m'embarquer ? Je lui fais signe. Il se déroute. Je monte à bord, Nous faisons route vers Lorient. Il me dit que la pêche devrait être bonne.

Le troupeau a quitté les pâtures. De fortes pluies ont chassé les bêtes vers de hautes terres, plus sèches.. Le temps a rempli les ornières colonisées par les herbes en rhizomes. Chaque mare se transforme en océan, comme durant l'enfance. Me voici embarqué dans mes rêves. La vie au loin de tout, la vie au lieu du rien qui nous est proposé, et que tente de nous entraîner vers le néant des tentations inutiles. Je compose quelques installations flottantes. Carrés, triangles, hexagones, réalisés à partir de joncs, donnent un cadre à mon travail.

Les fantômes de Lampedusa

Il faudrait arrêter de  les compter, noyés en trop grand  nombre,  morts sur la route de  l'exil, de  mille façon, parce que cela gène,  me dit-on. Mais ce qui  gène d'abord c'est que  l'on puisse encore venir au monde, dans  un pays  où l'on ne pourra jamais vivre sans  mourir de faim, avec comme seul avenir, de  prendre  un  jour, la route de  l'exil.

 Roger Dautais



* www.editions-apogee.com/passe-ouest-suivi-de-ikaria-lo-686070.html
 Deux récits de mer qui « constituent le plus formidable livre sur la mer écrit par un poète d'aujourd'hui. Alain Jégou.




Les  routes se dérobent
nous laissent à nous-mêmes
voyageurs inutiles
la destination perdue
dans la  poussière du futur 

Combien de départs
pour trouver la route étroite
où  l'on ne parvient pas

Marie-Josée Christien*

Temps  morts
Editions sauvages
Collection Askell

*    mariejoseechristien.monsite-orange.fr/


*****


La  première blessure
Et ton nom même sur la peau
Comme  une vraie fragilité
Et la force d'aimer
Ici en nul lieu

Atteindre simplement
Cette terre franche qui travaille
Dans  l'étreinte des  mots
Sous le givre des mains

... Cette terre prête à l'arbre

Guy Allix *

Solitudes
Rougerie

*    guyallixpoesie.canalblog.com/

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Landartiste, photographe, auteur de livres pour enfants, Roger Dautais est aussi un artiste atypique, sensible et attachant.Il a sû, dans la diversité de ses expressions, trouver une harmonie par la pratique quotidienne de cet art éphémère : le Land Art. Il dit "y puiser forces et ressources qui lui permettent, également, depuis de nombreuses années, d'intervenir auprès de personnes en grande difficulté ( Centre de détention pour longues peines et personnes âgées atteintes de la maladie d'Alzheimer) pour les aider par la médiation de l'art.