La vie, comme elle va

"S'il suffisait de lire comme dans une bulle de cristal, alors, ce serait, facile.Mais il faut vite déchanter, prendre la route, sac au dos et marcher, toujours marcher pour oublier ce que l'on a déjà fait, ce que l'on va faire. Il faut attendre que la nature nous prenne et nous ouvre sa voie. C'est une progression incessante, pour de si petites choses".
Roger Dautais . Septembre 2009

LE CHEMIN DES GRANDS JARDINS

Un voyage étonnant au cœur du land Art

lundi 27 juillet 2015

L'embarquement  pour les dormantes  : à  Anne-MarieBodard
Gouez :  pour Jesus Alvarez
Boîte  à mémoires :  pour Ariel
Les demoiselles de Locmariaquer :  pour Liplatus
Solitaire en Mor Braz :  pour  Océanique
Légende serpentine :  pour Manouche
To the sea   and To Christina Deboni
La  porte des dormantes :  pour Eileenimd
Les voisins de Saint Colomban : pour Jade Vuaillat-Laurent
Présence  :  pour  mémoire du silence
Cairn  à la barque rouge : pour Arlettart
La  leçon de Carnac : pour Serge Thébault
Le reste du monde* :  pour Orvokki
La  pierre et le bois flotté :  pour Pour Jean-Pierre Audren
L'écho Klezmer  :  pour Marty



Mais  pourquoi veulent-ils effacer ce  que  l'on ne voit jamais ?



Le soleil vient de se lever,  lorsque je  prends la route de Locmariaquer. Des lambeaux de nuit s’accrochent aux  menhirs de la lande. Les premiers marcheurs ne sont pas encore  en route sur la côte  et les sables de la plage seront vierges de pas, quand je les foulerai au soleil levant. Après  une marche d'approche qui me fait traverser  un marais asséché par le manque d'eau, je franchis  un dernier talus et atterris sur une immense plage déserte. Devant  moi, l'étendue calme de la mer. Ici,  on appelle cette passe d'océan, la Mor Braz. Ne pas se tromper, pendant les tempêtes d'automne et d'hiver, aucune bateau ne doit s'y risquer sous  peine de fortune de  mer.
A  l'horizon,  l'île de Méaban dont la silhouette me fait  à chaque fois  penser  à l'île de Cézembre, en face de Saint-Malo.
L'air est vif, presque frais. J'ai apporté avec  moi, une brassée de gros bambous que mon  fils  m'a offert pour le land art.Je  m'en sers de base pour y  bâtir de  petits cairns  perchés qui  ont fière allure. Je les appelle les demoiselles. Chaque bambou est ensablé sur une profondeur de 10cms dans le sable, car le sous-sol est pavé de gros galets. Je les cale ensuite,  un par  un. Je ramasse de quoi  monter le premier cairn, et ainsi de suite,  jusqu'à la fin.
Aujourd’hui, le vent est joueur. Il bascule mes cairns, un à un. Ce que  j'imaginais réaliser en 30 minutes  va  me prendre  une heure trente. Un véritable exercice de patience
Le premier randonneur arrive sur la plage et s'approche de  moi. 
-Je vous  observe depuis  un  moment. Pourquoi vous en faites tant ? C'est lourd, probablement très fatiguant.
C'est vrai, je pourrais arrêter le land art, mais c'est ma façon de vivre. Après tout, j'ai le droit de voir le  monde avec un regard différent du sien, de ne pas céder  à chaque  injonction de ce genre.Beaucoup de gens ne comprennent  pas  mon choix de vie. Me parlent-ils de leur propre choix. Me demandent-ils de ce que je 'en pense ? Non. Sommes nous faits sur terre  pour nous neutraliser mutuellement et faire  le  jeu de ceux qui n'espèrent diriger que des  moutons,
En élevant ces multiples cairns j'ai  moins  impression de perdre mon temps que dans  un embouteillage urbain  ou sur  une quatre voies saturée de voitures.
Mais, toutes ces rencontres autour du land art ne sont pas négatives Je pense à ce marin  à la retraite rencontré en ria d'Auray, la semaine dernière. Le trouvant en  arrêt devant mes  cairns qu'il admire- je n'en demande pas autant- je lui demande  pourquoi .
- Lorsque nous naviguions aux Kerguelen avec le commandant T. celui-ci nous débarquait dans  un endroit couvert de cairns. Il nous demandait d'élever  un cairn,  pour d'écrire nos noms sur  une planche de bois  flotté et de la déposer sous  une pierre de ce cairn.
Voilà, je savais tout, ce cairn entre mes mains  lui rappelait ses voyages aux Kerguelen et je trouvais cela fabuleux. La magie des  pierres.
Comment expliquer  à tous ceux qui me demandent d'en faire  moins, de stopper parfois, que je ne  peux pas  vivre autrement  pour le moment. Il faut que je fabrique quelque chose de  personnel. Quelque chose qui  me serve de  médiation entre mes pensées de créateur et ce  monde qui n'attend rien de  moi. Un  monde où  je m'attarde et que je finis par aimer  pour ce qu'il est.
J'ai besoin d'être concerné par le paysage, comme  aujourd’hui  devant l'Atlantique, celui de ma petite enfance, enfin retrouvé. C'est de  l'ordre de  l'affectif . Il faut que  ça me touche.
Ce cairn, le  pied dans  l'eau, face  à cette  île de Méaban, réunissait toutes ces conditions pour être élevé,ici. Vivre sa courte vie, face au large, en  l'honneur des  lieux.

Roger Dautais

* Je continue mon  travail sur le thème de  l'exil, commencé en 2004 et cette  installation portant le titre
" Le reste du monde" , en fait partie.




Cet exil

Heureux 
De cet exil.
Dans les rues obscures
Des canaris chantent
Et dans l’embrasure de leur porte
Des femmes sourient à cet étranger
Qui transporte son cœur
Dans ses mains.
Il tourne autour de la place du marché
Comme un ancêtre
Revenu d’entre les morts
Pour voir son peuple
Et négocier de vieilles pièces de monnaie
Frappées à son image.

Sinclair Beiles

Voir le blog de Bruno Sourdin  :      http://brunosourdin.blogspot.com

mardi 14 juillet 2015

Solitude en côte sauvage :   pour Anne Le Maître
Passion d'estran   :   à Marie-Claude
Scarface II   :   pour Danièle Duteil
Mortelle vision  :  pour Elena Nuez
Lampedusa,  le rappel  :   pour Sasa Saastamoinen
Géométrie d'un espace offert  :   à Paul Quéré
Le nid  :  pour  Thérèse
Ainsi voyagent mes rêves :     pour Erin
Les raisons cardinales    :  pour Isabella Kramer
Carré Turc :pour Synnöve Schneider
D'est en Ouest  : pour Marie-Josée Christien
Le chant du Loc'h :   pour Christian Cottard
Salutation au soleil  :  pour Tilia
Les mémoires d'Izmir  : pour Alil, Adil et les autres.
Dernière vision  :  pour Charb, Cabu, Tignous et Wolinski  et leurs amis.



 Dès  lors que  l'on renonce  à tout comprendre, tout s'éclaire.*
Marie-Josée Christien



 Côte sauvage.

L'ai-je assez dit ? Je suis connecté à ce   monde trop oublié,  à celui que vous ignorez trop souvent et qui  nous sert de  lieu de vie : la terre. Je  l'observe, la contemple, me disant que cette perception n'est peut-être pas la réalité, pourtant, elle me sert à nourrir  mon  imaginaire.
Il me reste trop peu de temps devant  moi  pour devenir docile.Je fréquente les chemins de traverse, saluant, dolmens et menhirs. L'arpente les landes, cours les  pinèdes, admire les champs de  fougères, rejoins les rivières si la  lumière  m'y  invite et continue mon  œuvre en toute solitude.
Mon empathie avec le  monde naturel est née de l'avoir fréquenté assidument depuis ma petite enfance. Le contraire était inimaginable
Je quitte le bourg de Saint-Pierre-Quiberon et  je me dirige vers la côte Ouest de la presqu'île.
La météo prévoyait grand beau mais le ciel décide ce matin de couvrir la côte sauvage d'un voile gris perle. Sans-doute porte-t-telle le deuil des trois derniers noyés disparus il  y a quelques jours, victimes de leur imprudence. Perdre la vie dans  un aussi beau paysage et dans ces conditions dramatiques, reste malgré tout, quitter notre  monde définitivement.
Je marche sur la ligne de crête, face  à l'océan. Un fort vent d'ouest me fouette le visage. J'emprunte un passage assez pentu pour des cendre sur la petite  plage enserrée entre de gros rochers. Aucun arbre ne se risquerait  à prendre racine ici. C'est la côte sauvage. Vents et tempêtes  ont tout arasé. 
Une rumeur de danger permanent se fait mémoire,  puis,  oubli. Bien que la mer soit  lion, je conserve  l'image de ces trois noyés pendant tout  mon travail. Cette tragédie en fait partie. Je les  imagine partis comme des bois flottés puis drossés sur les rochers. Peut-être trouverai-je dans les sables,  un de  leurs mots perdus, un cri,  un appel au secours que la mer aura rejetés sur cette plage  à souvenirs noirs.
Un grand nombre de  pierres  libres me facilite la tâche du choix, mais je dois faire très attention  au moment des transports jusqu'au lieu des cairns. Le terrain est accidenté et glissant. Les cairns  montent les  uns après les autres. Le fort vent d'Ouest les abattra tous sauf  deux, élevés  à l'abri des falaises. 
Je termine  l'exercice des cairns, en sueur. La fatigue  m'éreinte. Je marque  un temps d'arrêt et récupère assez vite  pour pouvoir profiter de l'exceptionnelle  beauté des  lieux. Pourquoi faut-il qu'elle soit entachée de  morts ? L'effort fait partie de ma vie, comme d'autres le fuient. Il  me semble  même  indispensable pour atteindre la créativité dans l'exercice des cairns.
Plus paisibles étaient,  il y a quelques  jours, les  installations au Lac Saint Jean, dans les grandes fougères. Ces grandes fougères qui se referment la nuit sans bruit, sans explication. Probablement pour protester conte le soleil  qui  à son coucher, leur vole le jour. Doit-on tout expliquer  pour être heureux? Il  y a aussi l'état des choses contre lequel on ne peut rien. Ceci  nous  invite  à voyager leger vers la sortie.

Roger Dautais





Jachère



Il faut qu’un jour les mots que tu voulais

Mais qui n’étaient pas ce souffle

Qui voulait à la fois jaillir et fouiller en toi



Il faut qu’un jour les mots tus fassent bouillie

Se mêlent enfin au sang devenu noir

Et tracent eux-mêmes comme une ombre lucide

Sur la page

Guy Allix*

Le sang, le soir
Editions Le Nouvel Athanor  2015 

  Retrouvez  *Guy Allix
 https://plus.google.com/101564392025895497486/posts/6zu8EUnEdc3
et
*Marie-Josée Christien 
 http://mariejoseechristien.monsite-orange.fr/
citation  in  " Petites notes d'amertume" M.J. Christien Editions Sauvages 2014

samedi 27 juin 2015

Le signal  :  pour Umiko Okassan
La porte de Méaban  :  pour Guy Allix
L'appel de la mer :  pour Fumiyo Suko
Le silence des pierres :  pour Brigitte Maillard
Cairn aux truites :  pour Fanzeska
Rock balancing   :  pour Rick Forrestal
Cairn de  l'amont :  pour Anne-Marie Bodard
Le cri de Lampedusa  :  pour  Véronique Brill
Boîte  à mémoires :  pour Kriss Marty
Mandala d'été  :  pour Marie-Claude
Le cairn rose :  pour Henri Zerdoun
Suspendre le temps : pour Béatriz Macdowell
Neuf raisons d'atteindre le ciel :  pour LuceLapin
L'inattendue :  pour  Helma
Les enfants de Lampedusa  : pour Lune Mar




Route 72

à Marie-Claude


Boîte  à mémoires.
En ce  premier  jour d'été, une rumeur sans  importance occupe toutes mes  idées,  puis, la rumeur se fait mémoire. Je vais  pouvoir la mettre en boite du côté de Brec'h. 
Je suis en rupture visuelle avec la mer et je vis le mal  intolérable que provoque  une rupture. Ma prochaine direction sera  plein sud, pour la retrouver. En attendant, je pense  à ces cerises sauvages aussi immangeables qu'attirantes avec lesquelles je vais réaliser mes prochaines installations

Du côté de Carnac
Le temps est couvert, la mer, grise. Sa présence est rassurante. Chaque  pierre lourde posée sur le rocher, provoque  un écho dont le bruit  file sur  l'eau. Peu de  marcheurs  pour le moment. C'est vrai,  il est encore tôt. J'aime travailler en silence. 
Je n'ai pas entendu arriver cette dame qui me surprend en  train de terminer  un cairn 
- Je peux copier votre machin ? 
- Mon machin, c'est un cairn et pour le copier, comme vous dites, il faudrait prendre d'autres  pierres, essayer. Tenez, ici, vous allez le  photographier sous  un meilleur angle.
- Oui, bon,  on a pas trop le temps non plus.
Elle s'éloigne avec sa tablette préférée.

Je vois bien que mon land art questionne les gens. Je n'y suis  pour rien,je les mets devant  une réalité qu'ils n'imaginent pas trouver en se déplaçant dans le paysage. Si  personne ne voit mes installations,ce qui arrive, cela ne change rien à ma pratique. Au contraire, le regard sera toujours un   déclencheur personnel, d'approbation  ou de rejet donnant parfois naissance  à un échange entre nous.
Ces vingt derniers  jours  ont été en très grande partie consacrés  à la marche, à la découverte de sites riches en pierres,  à la construction de  nombreux cairns dont je vous  présente une petite partie, ici.

Je vous ai raconté comment je montais  un cairn, mais  il s'agit, en même temps de bien d'autres choses contenues dans cet acte.C'est ma vie qui va, qui s'use, qui s'approche du terme. L’urgence ressentie n'est ni calculée, ni  provoqué, elle est en  moi, dans mon vécu de chaque seconde.
Si  je  m'éloigne de la source  où je suis né, je me rapproche de la terre qui me porte, bouclant une bloucle qui dure depuis  longtemps.
L'urgence est de vivre dans la clameur d'un  monde en guerre et de suivre  mon chemin.  Si  j'évoque Lampedusa, en continuant cette série sur  l'exil, c'est que ce scandale des migrants devenus marchandises déshumanisées, n'émeut  plus grand  monde. Le commerce des armes est florissant, le sort de  l'humanitaire, en perte de vitesse.

L'entre-deux  mondes
Serais-je en prise avec  mes brumes  intérieures qui me séparent des autres? Le solstice d'été est passé,  universel, sur les alignements de menhirs de Kerkado. Au  plus  profond du dolmen du Mané Lud,  j'ai repris  une poignée d'air, issue de la terre,  pour  mon cœur malade. J'ai assemblé des  pierres, les deux pieds dans  l'eau du Loc'h pour donner corps à ces êtres magiques, guetteurs aux lisières humides de  l'entre-deux mondes. Rien  n’arrêtait la barbarie du dessus, je n'avais que l'eau pour sécher mes  larmes et reprendre le chant sacré de la rivière.

Roger Dautais



Je suis  un gardeur de  troupeaux

Le troupeau ce sont mes pensées
et mes pensées sont toutes mes sensations
je pense avec les yeux, et avec  les  oreilles
et avec les mains et avec les  pieds
et avec le nez et avec la bouche.

Penser une fleur c'est la voir la respirer
et manger un fruit c'est en savoir le sens

C'est  pourquoi lorsque par  un  jour de chaleur
je me sens triste d'en jouir  à ce  point
et couche de  tout mon  long dans  l'herbe
et ferme mes yeux  brûlants
je sens tout  mon corps couché dans la réalité
je sais la vérité et je suis heureux.

Fernando Pessoa

Le gardeur de troupeaux
Poésie/ Gallimard



Cécile

Ma  mère la simple  l'ordinaire
agence le quotidien de la parcimonie
des actes  humains

Il  pleurt de  l'averse
sur les toits d'Amsterdam

Il  buisse un  poème
de mes doigts quise damnent

ma mère  pose son cou de dame
à la surface de  l'écrit.

Serge Mathurin Thébault
AA
Editions@rt.chignaned

mercredi 10 juin 2015

Dialogue de sourds  :  pour Christian Cottard
Haïku :  pour Danièle Duteil
Echo de Lampedusa  :  Pour Marie-Josée Christien
Les frères de la côte  :  pour  Juliana
Le guetteur de marée  :  pour Marty
Fenêtre sur les dormantes  :  pour Arlettart
Vers  l'au-delà :  pour Thibault Germain
L'appel  noir  : pour Ceciely
Identité Breizh  : pour  Patrick Lucas
Mandala de la cabane du pêcheur :  pour France
Franchissement  : Pour Maïté/Alienor
Grand cairn de St Jean : pour Inès( Magia da)
L'appel du large :  pour Remei
Zen ,  l'heure bleue :  pour Marie-Claude
Hommage au Loc'h : pour Marie
Rêves rouges  :  pour Gil Zetbase
L'adieu  : pour Thérèse

 Route 72
 Être d'ailleurs et le rester, parce que, maintenant, l'ailleurs  s'impose. 
Je me tiens au bord du monde.



Répit
La côte est déserte. La mer est turquoise pour m’accueillir sous  un léger voile de brume. C'est ici que je reprends la route 72; La mort s'est invitée  à notre table. Nous avons mesuré notre  impuissance et le poids du destin à faire pencher la balance.On ne pouvait qu'espérer. Elle nous a laissé gagner. Merci.

Ce qui échappe
Insituable, cette rencontre entre cinq pierres  jointes par l'eau de la rivière. Ce cairn est né dans l'absence, le vide. J'avais fini  par perdre  pied dans cette violente  peine qui m'écrasait.

Lampedusa
J'aime cette transformation  lente qui  part d'une obsession et se termine par  un constat : une fois dressées contre le scandale, ces  pierres sont douées d'une  lucidité farouche. Deux heures de ma vie consacrées  à prolonger ce cri d'indignation dans la  plus parfaite  indifférence. La semaine passée, 4500 vies  ont été confiées entre les mains des passeurs.

Je suis  où,  à présent ? Rester ici, en attendant que la mer  monte, remplisse l'espace déserté par elle, me semble la meilleure solution. Un sentiment de  plénitude m'apaise jusqu'à me lier avec  l'espace. Les  premiers cairns seront de  pure consolation, n'en déplaise aux  juges. Les autres viendront pendant la période de convalescence.

La brume s'accroche  à  l'océan, au ras de  l'eau. Au lever du jour, elle s'effilochera pour que la lumière advienne. Dans  l'instant  présent, elle devient belle compagne de mes travaux fragiles.

J'ai  l'impression que le ciel est devenu  plus  lointain,  plus  profond,  plus haut pour me laisser de la place. Je gagne en respiration ce que je perd en sentiment de  proximité avec  lui.

Le balancement des  pierres n'est pas évident,aujourd'hui. Elles résistent et je serais bien mauvais perdant, si, je leur en voulais,  une seule seconde. C'est  une évidence, la lenteur de mes gestes, s'impose, si je veux réussir à élever quelques cairns aujourd'hui.

Marcher, écarter les ronces, fouler le sol en soulevant de la  poussière, se baisser, cueillir, ramasser, tous ces gestes simples sont capables de refléter le monde. Il faut en être conscient. 
Affronter  mon destin en marchant, sans cesse, vers  l'accomplissement.

Je grave d'un  pied assuré,  mon identité dans les sables de Locmariaquer. La spirale se déroule bien malgré quelques difficultés dues  à la qualité du sol, à la pente de la plage. Une heure trente plus tard, je boucle cette spirale dans la solitude. Le soleil est pâle, la lumière, très  moyenne, comme la photo. Ce qui compte    après tout, c'est d'être  là,  à  l’œuvre, malgré tout ce qui s'est passé.

Être d'ailleurs et le rester, parce que, maintenant, l'ailleurs  s'impose. Je me tiens au bord du monde.

Roger Dautais


Merci à tous les lecteurs qui  m'ont encouragé  par leur lecture et  pour certains, par des commentaires très touchants pendant ces cinq semaines de pause du Chemin des Grands Jardins.


Permanence

Ainsi l'aurore
sera-t-elle toujours au rendez-vous
alors que les hommes
se  trahiront
que d'autre fraterniseront
et que  les  oies sauvages
continueront à ne pas se tromper de chemin

Isabelle Lagny
Extrait de " Le sillon des jours"  Editions Le Temps des Cerises  2014

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Landartiste, photographe, auteur de livres pour enfants, Roger Dautais est aussi un artiste atypique, sensible et attachant.Il a sû, dans la diversité de ses expressions, trouver une harmonie par la pratique quotidienne de cet art éphémère : le Land Art. Il dit "y puiser forces et ressources qui lui permettent, également, depuis de nombreuses années, d'intervenir auprès de personnes en grande difficulté ( Centre de détention pour longues peines et personnes âgées atteintes de la maladie d'Alzheimer) pour les aider par la médiation de l'art.